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Provision pour dépréciation de fonds de commerce : quelques rappels
Le fonds de commerce regroupe un ensemble d’éléments, réunis par une entreprise en vue d’exercer une activité commerciale. Il comprend à la fois :
- des éléments corporels (matériel, marchandises) ;
- des éléments incorporels (droit au bail, marques, licences, autorisations administratives) ;
- et un fonds commercial, qui regroupe les éléments non individualisés contribuant à l’activité (clientèle, notoriété, nom commercial, parts de marché, etc.).
Lorsque la rentabilité de l’activité diminue, la valeur du fonds de commerce peut être affectée. Dans ce cas, une dépréciation peut être envisagée, à l’issue d’un test réalisé non pas élément par élément, mais au niveau global du fonds ou du groupe d’actifs auquel il appartient.
En pratique, les éléments composant le fonds ne sont généralement pas testés isolément, car ils ne génèrent pas de flux de trésorerie indépendants. Une exception existe toutefois si un actif est destiné à être vendu ou abandonné, ou si sa valeur de marché excède sa valeur comptable.
Dépréciation : un principe admis fiscalement sous conditions
En principe, une dépréciation du fonds de commerce est fiscalement déductible, à condition :
- qu’elle soit constatée en comptabilité ;
- qu’elle respecte les règles d’évaluation comptables ;
- qu’elle concerne des faits intervenus au cours de l’exercice ;
- que la perte de valeur soit réelle et probable.
À chaque clôture, l’entreprise doit vérifier s’il existe des indices laissant penser qu’un actif a perdu de la valeur. Ces indices peuvent être :
- externes : évolution défavorable du marché, baisse de la valeur de marché, etc. ;
- internes : dégradation des performances, baisse du chiffre d’affaires, du résultat, de la trésorerie, etc..
Par exemple, une baisse significative d’activité ou de résultats peut constituer un signal d’alerte. Toutefois, aucun seuil chiffré n’est imposé : une variation de 10 % peut être significative dans certains cas, et pas dans d’autres.
L’analyse dépend donc du contexte propre à chaque entreprise.
Lorsqu’un fonds commercial n’est pas amorti, un test de dépréciation doit être réalisé chaque année, même en l’absence d’indice.
En période de forte instabilité économique, si le risque de perte de valeur est jugé faible (par exemple après une analyse de sensibilité), il est admis de ne pas recalculer la valeur actuelle et de conserver celle retenue précédemment.
Réaliser un test de dépréciation
Le test consiste à comparer :
- la valeur nette comptable (VNC) ;
- et la valeur actuelle, définie comme la plus élevée entre :
- la valeur vénale (prix de marché) ;
- la valeur d’usage (flux futurs attendus).
Il est impératif d’examiner les deux valeurs : se limiter à la seule valeur vénale expose à un risque de remise en cause fiscale.
En pratique, si la valeur vénale est supérieure ou égale à la VNC, aucune dépréciation n’est constatée. Dans le cas contraire, il convient de déterminer la valeur d’usage. La valeur retenue est la plus élevée des deux (vénale ou usage). Si cette valeur est inférieure à la VNC, une dépréciation est constatée.
L’évaluation repose généralement sur plusieurs approches combinées :
- barèmes sectoriels (pourcentage du chiffre d’affaires ou de l’excédent brut d’exploitation) ; • méthodes des multiples ;
- actualisation des flux de trésorerie ;
- analyse qualitative. Une méthode fondée uniquement sur le chiffre d’affaires est insuffisante : elle ne reflète pas toujours la rentabilité, ni le caractère temporaire d’une baisse d’activité.
Un seuil minimal pour constater une dépréciation ?
Aucun seuil chiffré n’est imposé par les textes.
Même une dépréciation de faible montant peut être comptabilisée dès lors qu’elle résulte d’une évaluation conforme aux règles comptables.
En pratique, certaines entreprises ne constatent les dépréciations que si elles sont significatives, en application du principe d’importance relative. Cette appréciation dépend :
- de l’impact potentiel sur les décisions des utilisateurs des comptes ;
- et du contexte global de l’entreprise.
Il n’existe donc aucun pourcentage automatique permettant de déterminer ce qui est significatif.
Focus sur une décision récente
Dans une affaire récente concernant une officine de pharmacie, une entreprise constate une dépréciation de son fonds de commerce en se fondant sur une baisse de chiffre d’affaires.
La méthode utilisée ici est la suivante :
- valorisation basée sur un pourcentage du chiffre d’affaires ;
- baisse d’activité d’environ 13 % ;
- dépréciation comptabilisée représentant moins de 10 % de la valeur du fonds.
La déduction fiscale a été refusée pour deux raisons principales :
la diminution d’activité n’a pas été considérée comme suffisamment marquée au regard du contexte global (évolution de la structure, rémunération, comparabilité des données) ;
la valeur vénale reposait uniquement sur un barème sectoriel, sans autre méthode complémentaire.
Résultat : le juge a considéré que la valeur du fonds n’avait pas réellement diminué.
Ce qu’il faut retenir ici est qu’une dépréciation doit être solidement justifiée.
En pratique, il est fortement recommandé :
- de recourir à un professionnel de l’évaluation ;
- de croiser plusieurs méthodes ;
- de documenter précisément les hypothèses retenues.
Une simple baisse de chiffre d’affaires ne suffit pas à démontrer une perte de valeur. Il faut établir une dégradation durable et significative des perspectives économiques.
Si la dépréciation n’est pas jugée conforme aux règles comptables :
- elle est rejetée en comptabilité ;
- et donc automatiquement non déductible fiscalement.
En conclusion, la dépréciation d’un fonds de commerce repose sur une logique globale et rigoureuse :
- identification d’un indice de perte de valeur ;
- évaluation fondée sur plusieurs méthodes ;
- comparaison entre valeur vénale et valeur d’usage ;
- documentation solide.
En pratique, l’enjeu principal n’est pas le montant de la dépréciation, mais la qualité de la démonstration de la perte de valeur.
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